Les bras en croix, sur sa couche angélique, Flavia est endormie…
Sa frimousse est apaisée, ses traits sont détendus ; bouche et yeux sont clos.
Un souffle régulier soulève sa poitrine bordée jusqu’à la hauteur du menton.
Ses petits doigts sont innocemment dépliés à quelques pouces des barreaux de bois vernis qui encadrent son lit d’enfant.
Rêves-tu ? Certainement.
A quoi donc ? Probablement à toutes les singeries que papa et maman ont mises en oeuvre pour te voir et pour t’entendre rire aux éclats.
Pour voir ton fin minois arborer détendre sourires ton joli nez se retrousser, tes grands yeux bleus qui s’étonnent et qui brillent du rire cristallin de l’enfance.
Dors mon amour ; demain matin, ton cœur de bouche nous régalera de merveilleux gazouillis mêlés à de doux rires enfantins.
Bonne nuit
Papa.
lundi 11 décembre 2006
Il a neigé sur Artigues
dimanche 10 décembre 2006
L'amour est comme les blés

On ensemence la terre comme on ensemence les cœurs.
Les blés germent sous terre comme l’amour secret.
Les blés crèvent la terre comme l’amour, au grand jour, apparaît.
Les blés croissent sous le soleil comme l’amour grandit.
Puis, survient la moisson où les blés sont fauchés.
L’amour se brise comme se bise le foin séché.
Il se consume comme un feu de paille en été.
Il se transforme en souvenir comme une meule de foin, au fenil, remisée.
L’amour est comme les blés, il peut aussi ressusciter.
Les grains de blé moulus donnent le pain.
Sa mie est chaude et moelleuse, sa croûte craque sous les doigts.
L’amour renaît, se gonfle.
Sa fibre est chaude et moelleuse, sa croûte craque sous les doigts.
Le pain nourrit, l’amour nourrit.
Le pain se partage, le pain se multiplie, l’amour aussi.
Puis arrive un jour où l’amour s’assagit.
Les toits de chaume abritent le foyer.
Ils sont chauds et envoûtants, comme l’amour, ils défient le temps.
Cum pane
Partager son pain, sa compagne : cum pane.
Puisque l’ancienne langue le dit, rendons lui justice, que nos langues languissantes aillent lécher d’autres langues nouvelles.
Allons porter la bonne nouvelle de nos bouches gourmandes : « La chair est fraîche, la chair est ferme, aimons nous les uns les autres, charnellement s’entend, l’Atmân s’envole au gré de nos folies ».
L’individu s’épanouit, le couple a plus de fruit.
Donnons cette chance à nous qui sommes encore en vie.
Vivons pour eux, pour ces âmes mortes, ces parents et ces amis qui n’ont pu s’affranchir de la monotonie.
Allons voir ailleurs si l’herbe est plus verte, ne jouons pas les Attila mais savourons le Kama-Sutra.
Si tel est notre Karma, il faut s'y abandonner pour se mieux retrouver.
Leurs deux flammes dressées brûlent en silence, il est temps qu’elles crépitent, que coule la lave !
Ils vieillirons ensemble, l’anneau est toujours là.
Il t’aime, tu l’aimes, vous aimez, ils vous aiment et c’est ainsi.
lundi 4 décembre 2006
Kauther
Fleur mauresque de son cœur de beur
Enfant des sables,
Déjà tu le savais,
Clarté de son âme,
Longtemps il l’ignorait,
Chimère de ses songes,
Ton cœur maure l’espérait,
Vérité qui le ronge,
Hier, tu l’épousais
S'entremêlante
Un réel fantasme finement mis en scène.
Une justification de plus pour réaffirmer que la vie vaut la peine d'être vécue, en apesanteur, loin du poids de nos tristes chaînes si bruyantes.
Leur crinière s’emmêlent, ils s’aiment pêle-mêle,
Plus de loi, de la soie, de la joie,
Tempête sous les toits aixois,
Leur étreinte dure, s’évade par delà les murs,
La rue bavarde, la rue musarde,
Le bruit domine, leur désir culmine,
Elle est à toi, tu la bois,
Il est à toi, il aboie.
Leur étreinte dure par delà l’azur.
Des parfums mutins caressent ses seins,
L’ombre mâle triomphe dans le Jourdain.
Main dans la main, leur étreinte est pure lorsqu’il vient.
Ils demeurent dans la sueur de leur chevelure
Leur étreinte est sûre, ils se jurent par les yeux
Leurs heures sont lentes,l’amour les hante.
Un soir d'été

Lascive est la cigarette
La fumée s’essouffle au coin des lèvres
La bouche lutine la nicotine
Elle s’envole
Lascive est la cigale
Le chant s’essouffle au coin des ailes
Pour bruire, la diva lutine le vent
Elle s’envole
Bélître au papier brûlé, élytres au soir froissées
Elle meurt sur sa moue, elle pleure sans lueur
jeudi 30 novembre 2006
La femme .... vue par un jeune homme de dix-huit ans
Une crinière sauvage flotte sur des épaules satin, les lèvres entrouvertes elle sourit, elle dort, elle jouit, elle mord.
Le corps baigné d’une chaleur caressante exhale un parfum de jasmin qui envahit sa couche.
Sa peau luit uniformément.
Des perles de sueur coulent en cascade au creux de ses reins brisés ; une à une elles glissent, elles s’unissent en un lac salé, endigué par une croupe ayant la fermeté du cuir, la douceur de la pêche.
Tels deux monts de Vénus, séparés par un fossé, elles semblent dorées à l’or fin, elles n’aspirent qu’à être croquées et pétries ; bien plus que des fesses, ce sont des fruits.
Deux fuseaux divinement galbés en sont l’harmonieux prolongement duveteux.
Une brise futile rafraîchit l’alcôve, au dehors, l’épaisseur d’une nuit moite distille une vapeur envoûtante ; elle frissonne soudain, le lac s’ébroue et déborde dans le fin sillon de sa taille ; la petite rigole se précipite alors sur les draps.
Elle s’est tournée avec la grâce d’une lionne, féline jusqu’au bout des ongles elle s’étire… Elle est magnifique.
Racée, elle rayonne de jeunesse.
Son cou de biche domine une poitrine généreuse, affolante.
Deux seins de marbre sculptés par un maître de l’amour ont le moelleux du velours et le teint des chaumes.
Surmontés de deux framboises onctueusement juteuses, ils sont froids comme l’hiver et paraissent implorer des paumes masculines brûlantes d’envies, chargées de désirs.
La chaleur s’est accrue, un nouveau lac est né, son nombril en est le lit ; une rivière de sueur, s’étant frayé son sentier entre les deux collines de chair, inonde peu à peu le centre de son corps, conquiert la tendresse de son ventre lisse comme la plaine. Le liquide salé, tel un étang, s’y installe.
Quelle joie ce petit ventre mince et chaud !
La sueur n’ira pas plus loin, une forêt tropicale borde l’étang, on y respire des senteurs florales, des effluves de plaisir.
Il est dangereux de s’y aventurer car des sables mouvants vous y engloutissent sans crier gare.
Mais, il est des fois dangers si forts, si bons, si suaves, qu’ils vous envoûtent en un coup de reins.
Le chant des sirènes, c’est si bon de s’y laisser prendre.
La nébuleuse des sens ne s’assouvit jamais.
Le corps de femme est un puits de plaisir, un volcan de désirs.
Combler leur soif, tel est notre privilège.
Nous sommes les chênes, elles sont le liège, unis jusqu’à que l’on nous déchire.
dimanche 26 novembre 2006
Isabeau
Isabeau,
Chienne farouche que traquent les hommes,
Tu t’enfuis à travers champs sous un ciel d’automne,
Tes cheveux sont sales Isabeau, couverts de boue et de sueur,
Tu galopes à travers trèfles et feuilles,
Isabeau, tes seins bondissent outre chemise,
Sous la rosée glacée tes beaux seins se roidissent,
Ton souffle est court, belle Isabeau.
Cherche un refuge pour tes pieds écorchés,
Les hommes jurent, les hommes crachent, sur leurs chevaux ils se rapprochent.
Couche-toi là, douce victime,
Dans ce lit de violettes tu t’endors,
La chamade bat dans ton cœur,
Le tocsin ébranle la petite lueur,
Tes seins sont las Isabeau, tes seins de miel que soulève ton cœur,
Ils sont là ; leurs chevaux t’encerclent, ils piétinent ton tombeau.
Tu es libre ma belle,
Tu t’enfouis à travers champs sous un ciel d’automne,
Dors mon Isabeau, je t’aimerai et sous le trèfle et sous la feuille.
La belle Maure
Sa chevelure juvénile s’effarouche
La brume mordille ses épaules nues
Le frisson se lit sur sa bouche
La cambrure offerte elle fend les nues.
Les vagues caressent ses courbes brunes
Le vent consume ses yeux café
Le rire se lit sur ses lèvres prune
Le cœur brûlant elle rejoint les fées.
A travers nuées sa grâce s’élance
L’astre du jour embrasse la belle Maure
Le bonheur se lit sur la pourpre qui danse
L’âme mourante elle offre son corps.
mercredi 22 novembre 2006
Ma rencontre avec Fanny Ardant
Fanny,
Le 8 juillet au soir je me suis noyé dans "la mer noire" de votre regard. Nous étions devant le théâtre de la Madeleine. Je vous ai dit: " Moi aussi j'ai payé pour vous voir... Et je vous ai vue! Dans toute votre splendeur, vous êtes magnifique ".
Puis votre voix a coulé telle la lave incandescente au travers de mes sens. Il faisait noir sur votre silhouette élancée. Je vous ai pris la main pour vous saluer et, m'enhardissant je vous demandé si je pouvais vous embrasser. Vous m'avez dit: « bien sûr ». Mes joues ont frôlé vos joues, ma main a caressé votre main. Un pur moment de béatitude. Je vous ai regardé vous éloigner jusqu'à votre taxi, vos bas noirs se chevauchant sous l'impulsion rapide de vos pas.
Je savais avec certitude que je n'étais pas mort. La maladie ne m'atteindrait pas de sitôt.
Continuez de nous insuffler la vie, divine fanny.
De votre démarche à votre voix, de votre regard à votre jeu, rien de ce que vous laissez paraître ne serait être perfectible. Merci
samedi 18 novembre 2006
L'hiver en la nuit
Le jaune s’en va, puis l’orangé,
sur les feuilles le jour s’incline,
plus de force, plus de sève.
L’automne se bat de toutes ses couleurs.
Sans vigueur, sans lueurs s’éteignent ses ardeurs.
Par delà les carreaux glacés, c’est le Grand Hiver
qui gèle le coeur d’une fin d’automne.
Depuis le printemps elle l’espère.
Il est là, ce géant qu’elle attend.
L’Hiver prend la nuit.
La nuit froide aux étoiles dressées
pointe son ombre face au grand corps gelé.
Ils s’étreignent sans manteaux ni lumière.
Le froid, les glacières, les glaçons, les congères ;
Ils s’aiment en une coulée de neige…
Il vient en flocons au sein des ténèbres lunaires.
C’est l’amour de la nuit et du Grand Hiver.
Transis de silence, engourdis de glace crépusculaire,
c’est l’amour de la nuit et du Grand Hiver.
vendredi 17 novembre 2006
Les sangs mêlés
Leur union chauffe les sangs mêlés
Un bouquet de douceur inonde le souffle virginal
Les floralies parfument le cuir salé
Notre fruit
La rosée de l'été
Elle est belle comme le jour,
Il est frais comme l’amour,
Ne piétinez pas la rosée de l’été,
Sur ces papillons folâtres qui s’aiment en liberté.
Sais-tu que l’amour est comme les blés ?
Gorgé de soleil, il s’épanouit,
Une fois fauché, il se gonfle de chaleur,
Comme le bon pain sorti du four il prend de l’ampleur.
Ecoute sa croûte qui craque…
Respire sa mie qui exhale le parfum mœlleux de la chair tremblante,
La passion se vit au delà du feu de paille,
Lorsque les blés se consument au cœur de l’été,
Si tu sais les préserver, les blés couvrent ta tête en hiver,
Les toits de chaumes protègent ton foyer,
Aussi faut-il l’empêcher de brûler.
N’attisez pas les flammes de la rancœur,
Taisez vous et écoutez …
jeudi 16 novembre 2006
Aujourd'hui Rebecca m'a offert un parfum
Aujourd’hui Rebecca m’a offert un parfum, c’est la Saint-Valentin . Bel Ami, c’est ainsi qu’il se nomme.
Je n’ai pas encore lu le récit de Maupassant mais ce que je puis dire sur ce parfum, c’est qu’au bout de huit, voire dix inhalations de fragrances plus ou moins fades, plus ou moins ternes, le poivre de Bel Ami a charmé mes narines.
Il n’a rien à voir avec l’odeur de pisse de Fahrenheit ou bien encore avec le fumet de soupe au potiron s’exhalant de Dune, un nom bien exotique pour des légumes qui poussent dans nos potagers.
Angel, Vétiver, Lalique se détachaient du lot alcoolisé des pastels communs mais, les épices de Bel Ami font de ce parfum quelque chose d’envoûtant, de fort, de musqué, de viril et pourtant, il recèle un soupçon de sensualité charnelle, un rien de féminin, une odeur de rendez-vous, une saveur de poitrine en sueur au beau milieu de l’amour, un dessin de nus enlacés qui s’empoignent par la chevelure, la tête rejetée en arrière, les yeux mourants, les seins durcis frôlant le grand mât des voyages lointains.
Bel Ami, c’est l’Orient -Express qui chavire le cœur des amants dans les compartiments capitonnés de rouge et d’or, c’est une mangue et une goyave écrasées sous l’assise charnelle d’une femme que l’on déguste au dessert, renversée sur la coupe de fruits, qui mêle aux saveurs tropicales le jus acide de sa source d’amour.
Enfin, Bel Ami, c’est un long voile, au vent offert, imprimé de toutes ces scènes, embaumé de toutes ces senteurs.
Aujourd’hui Rebecca m’a offert un parfum, c’est la Saint-Valentin.
Ballade sur les sentiers de l’enfance, je me vois en papa, le p’tit bout me tenant la main, de l’autre côté la main de maman.
J’ai déjà vécu ici, c’est sûr, je connais cet endroit, c’est l’enfance imaginaire, verte, où les prés sont tendres et humides, parsemés d’arbres fruitiers : châtaigniers, marronniers, noisetiers,
amandiers… Soudain un chemin de traverse où les herbes chevelues sont coiffées par la pluie, un chemin tordu, escarpé, qui coule vers la rivière ; en contrebas, nous voilà assis sur un rocher moussu.
Des siècles de légendes inondent ce lieu, les eaux sont torrentielles, elles lavent les pierres et les rochers comme une chatte lave ses petits.
Je m’imagine, moi, son père, et lui, le p’tit bonhomme en culottes courtes de la pub d’Herta …
« Ne passons pas à côtés des choses simples ».
Un p’tit moulin à eau fait de lamelles de bois et d’un bouchon de liège coincé entre deux rochers… Vivement ce temps là …
Youri s’ébat follement dans les prés mamelonnés, de temps à autre il se vautre dans les crottes de chèvres et dans le crottin de cheval …
C’est un paysan de chien qui ne passe pas à côté des choses simples.
La fatigue se fait sentir, notre haleine est courte, nos jambes sont molles, il est temps de rentrer… Ne pas continuer.
Elle a une irrésistible envie de s’offrir dans la nature, là où chante une rivière. Mais je n’étais pas sur son nuage. Le mien était enfantin, mes songes étaient chastes et purs, les siens étaient mouillés comme les fougères.
Nous voici à présent au pied de l’église, au dessus des murettes, par delà un escalier en pierres. La visite du cimetière ne fut pas uniquement un songe du passé, quelques âmes du temps présent reposent aussi au milieu du marbre gris. Un camposanto di villaggio colla gente morta in guerra, tante date del 1944, 1942, 1943 … e poi, un giovane morto quest’anno colla moto incisa sul marmo nero : « Aqui Domini ».
Lorsque nous eûmes fini notre déjeuné, nous étions bien pansus et notre palais nous remercia de l’avoir si grandement délecté.
Une après-midi des plus originales, le plus voluptueux des paysages : le château de Crau.
Des siècles pierreux dominent un vallon enchanté où serpentent des ruisseaux, où s’alanguissent les eaux stagnantes ; l’herbe est drue ; au pied des châtaigniers, d’innombrables hérissons s’endorment, ce sont les bogues o gusci delle castagne, rousses comme ma barbe, qui annoncent l’automne et son cortège de fauves et d’ocres.
Quelques corbeaux coassent dans le fond du vallon pour nous rappeler que l’automne c’est aussi une chemise de trappeur et un pantalon de velours.
Au cœur de cette allégresse, nous nous enfonçâmes dans le lit du val puis, nous choisîmes pour couche le pied d’un châtaigner que je déblayai prestement. Au dessus de nos regards, la ramée, large et feuillue, nous abritait des averses mutines.
C’était la cabane que les amoureux habitent le temps d’un baiser, le temps d’un éclair, lorsqu’ils se serrent fort pour adoucir le tonnerre. Nous nous aimâmes au milieu des fauvettes, il faisait frais, la nature nous sourit.











