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samedi 1 septembre 2007

Tramonto a Ferrara, Piazza Trento Trieste

Ferrara, nome magico, atmosfera di pietre, des pavé sous nos pas, des voûtes sur nos chefs.
Déambulation passéiste au cœur de la Renaissance.
Il sole sta tramontando al di sopra delle volte, tanta gente, tante biciclette…
Un jeune homme en jeans, telefonino, capelli gominés, tient son guidon d’une main.
Une femme agée pédale allègrement.
Annotta.
La place est plane come tutta la città.
Les bicyclettes fusent de tous côtés.
Un couple d’aristos en vélo, monsieur conduit, madame s’est faite amazone pour la circonstance.
Ses jambes, voilées de bas noirs, sont croisées.
Les pieds dans le vide, les cheveux au vent, la tête en arrière, elle fait l’amour à la brise vespérale.
Son tailleur doit venir de Milan, elle est assise sur les cuisses de monsieur.
Monsieur arbore un costume Boss ou Cerruti ou d’un certain tailleur settentrionale.
Sa coupe de cheveux est à la mode.
Ils vont dans le vent, ils sont dans le vent, ils sont le vent.

mercredi 4 juillet 2007

Visita del Duomo di Modena





Août 1996, voyage de noces en Emilie-Romagne.
Un pied à terre chez Flò à Modène, puis Bologne, Mantoue, Ferrare, Ravenne…

Modena

Visita del Duomo con Flò e Antonio.

Des lions, des lions, encore des lions, la puissance de l’Eglise est partout, dentro, fuori, i leoni minacciosi schiacciano il maligno, gros serpents, dragoncini symbolisent la malvagità du Diable.




Sous leurs griffes puissantes, les lions écclésiatiques les terrassent en un rugissement eccheggiante.
Il est tard, les grandes portes se referment, l’obscurité noircit les statues grimaçantes, les pas du gardien du Dôme claquent sur le sol poli ; encore quelques minutes pour descendre les quelques marches qui portent aux reliques de Sant’Agostino, un tour de tombeau et nous revoilà, ressortant de la cappellina, le portail noir en fer forgé vrille et tourniole en un imbroglio d’arabesques ciselées, nous gravissons les mêmes marches sous l’œil pressé du gardien.
- « Buona sera »
- « Buona sera. »
Nous entrons par l’entrée latérale, une alcôve se voûte à notre arrivée, sur l’arcade, des visages pierreux nous observent. Leurs traits, émoussées par les pluies et les vents séculaires, ont forci leur visage : Comme les hommes de chair, ils vieillissent.
Sur le mur droit, une fresque dorée, en relief, représente des Saints.
Il me semble reconnaître la patine bizantine, affresco a cassettoni, une pyramide de petites niches cintrées qui accueillent chacune un saint homme richement vêtu, resplidissant de brocards et d’or, auréolé d’un cercle d’or.
L’ensemble éclaire le sombre édifice, trésor prestigieux.
Nous sortons par l’entrée principale, les derniers rayons du jour brûlent nos paupières.
C’est alors que Maître Antonio, sur ses baskets perché, nous tînt à peu près ce langage :
- « Questi due possenti leoni che custodiscono l’entrata della chiesa la proteggono dalle insidie del diavolo. »

Sur cette même façade, on peut voir des scènes de la Génèse, la creazione di Adamo e di Eva e poi il momento in cui furono cacciati dal paradiso.




Des vilains supportent des charges écrasantes, ils courbent l’échine, leurs jambes ploient, sur leur dos s’amoncellent hommes et objets sacrés.
Le Moyen-Age avilissait et ravalait les vilains au dernier rang de l’humanité, à la charnière du règne animal.
Tout cela se lit sur la façade du Dôme.
Enfin, nous tournons sur notre gauche et nous voilà rendus sur Piazza Grande, quelques scènes de la vie quotidienne et de la vie de San Germiniano.




Su Piazza Grande un’infinità di sedie : Sipario in Piazza.
Di fronte ai leoni si trova il campanile della Ghirlandina, une mini tour de Pise. Le sol s’affaisse, les monuments italiens ploient comme le roseau sous l’effet du vent.
Per quanti secoli ancora rimarranno radicati nel suolo materno ?



Dopo il nostro giro incontrammo Stefano, l’uomo delle parentesi… Carpi, capoluogo di provincia … 80000 abitanti… alle due di sera su dieci uomini che sono in piedi, due si alzano per bere o mangiare, due vanno a fare la pipi e gli altri sei tornano a casa, Carpi, capoluogo dell’adulterio.
( Après notre promenade, nous rencontrâmes Stefano, l’homme des parenthèses… Carpi, chef lieu de province… 80000 habitants… à deux heures du matin, sur dix hommes qui sont debouts, deux se lèvent pour boire où manger, deux vont faire pipi et les six autres rentrent à la maison, Carpi, chef lieu de l’adultère.)

Alors que nous faisons la connaissance de Stefano, d’habiles artisans repavent les rues modenesi ; un tabouret, reposant sur un seul pied central, qui pivote au gré de leurs inclinaisons, soulage leurs efforts.
Quel doux bruit qu’un martellement irrégulier semblable à des pas de chevaux ; ces pavés reposent sur la terre battue, ils sont disposés en rangées, derrière chaque artisan et, au loin, un gros tas de pavés au milieu de la rue.
Ces hommes sont des artistes, ils dessinent des motifs arrondis sur le sol, des demies-lunes, des courbes harmonieuses qui embellissent la città estense.

jeudi 19 avril 2007

La promenade des Lombards


Sur la promenade des Lombards nous cheminions. Pas plus haut que tes genoux, je te suivais. Nous allions l’amble, le long du sentier sinueux,
bordé par les vagues bleues. Nous marchions en devisant du pourquoi, du comment.
La falaise nous toisait de sa puissance impérieuse et je te donnais la main dans la mort du matin.
C’est drôle ! Je ne me souviens que des jours frileux où tu portais ton blouson fourré et ton éternelle casquette. Moi, je devais certainement être emmitouflé jusqu’aux oreilles, croulant sous la chaleur d’un bonnet ou d’une cagoule.
La promenade des Lombards… En évoquant ce lieu, je ne pense ni à l’histoire ni à la ville de Cassis, mais je nous revois tous les deux, main dans la main, arriver jusqu’au blockhaus où tu me racontais des histoires de guerre et de fureur.








Ce soir, tu m’as appelé. Qui sait à quoi tu pensais ?
Chaque nuit qui passe assombrit les lueurs de ta vie.
Nous n’irons plus aux Lombards, à moins de fermer les paupières et de cheminer doucement, plus haut que la falaise, plus haut que la falaise.
La promenade des Lombards se poursuit peut-être là haut, au milieu des nuages, au dessus des eaux ?
S’il en était ainsi, ce serait alors toi qui me donnerais la main, et nous parlerions en silence, de toi, de toi ; tu m’apprendrais l’argot et il ferait beau.





vendredi 8 décembre 2006

Avant ... dans mon salon, la liseuse lisait ...




L’arbre du Japon frissonne au gré de ma plume, il trône majestueusement sur la table du séjour, cette même table où je m’évertue à décrire mon salon avant la tempête.
Demain, en fin de matinée, cette pièce où se trouve un vieux sofa défoncé, s’embellira de trois nouveaux éléments.
C’est en effet, un salon en tissu, composé d’un canapé de trois places et de deux fauteuils, qui prendra place dans ce paradis blanc.
Plus tard, la blancheur hospitalière de cette pièce perdra de son éclat au profit d’un tapis oriental, capable, à lui seul, de couvrir le sol du salon.
Mais, aujourd’hui, tout est immobile.
Le carrelage fait écho au plafond sur lequel est solidement fixé un ventilateur à quatre hélices bois et or d’où pointe une énorme ampoule blanche égale à la couleur du globe.
Le long du ventilateur, pendent deux chaînettes métalliques, terminés chacune par une plaque, le tout doré et immobile, jusqu’à ce qu’une fenêtre s’entrouvre.
Au fond de la pièce, au sommet d’une affreuse bibliothèque en pin, Jupiter, sous les traits d’un aigle impassible et massif, déploie ses ailes dans le silence.
Des vers gloutons le perforent de part en part, le transformant, peu à peu, en cheval de Troie.
Gageons qu’il paraîtra, un jour, aussi décharné et misérable qu’un oisillon tombé du nid.
Pour l’heure, il demeure fort comme le bois dans lequel il est taillé. Son regard végétal scrute la poussière depuis les hauteurs.
A sa droite, figure un minuscule gong, portant un marteau de bois au bout arrondi.
Un peu plus loin, accroché sur l’Immaculée Conception, la Liseuse est éternellement penchée sur la même page, depuis plus de deux cents ans.
Vêtue d’une robe jaune, confortablement installée dans un fauteuil au coussin moelleux, elle tient son livre de sa main droite, tandis que sa main gauche repose sur ses jambes. Elle est si confortablement assise que voilà deux cents ans qu’elle n’ose bouger, de peur de ne plus retrouver cette position si apaisante. Aussi, lit-elle, depuis lors, la même page du même livre, chaque jour que Dieu fait.
La nuit, elle ferme les yeux pour s’endormir, et ce n’est qu’au matin, à la lumière de l’aube, qu’elle reprend son inlassable lecture. Ce qu’elle lit ? Nous ne le saurons jamais.
Toujours est-il qu’elle ne souffre pas, ni de crampes, ni de douleurs cervicales.
Son chignon est toujours bien mis, ses cheveux ont cessé de pousser le jour où elle a cessé de tourner les pages de son ouvrage.
Après le mythe de Sisyphe, nous voilà confrontés au mythe de la Liseuse. La nuit venue, alors qu’elle ne lit plus, elle rêve de poursuivre son histoire, aussi, tisse-t-elle, au creux de son sommeil, la suite de cette page. Chaque soir la Liseuse crée une nouvelle histoire.
Au dessus de cette jeune fille, sur un meuble bas, moyenâgeux, clouté, portant chaînes et clous, est posé un coffret du même acabit ainsi qu’un vase érotique orné de quatre Vestales nues; plus languissantes les unes que les autres.
Devant l’affreuse bibliothèque, servant de piédestal à Jupiter, se trouvent moult plantes d’intérieur : yuccas et ficus cohabitent dans la plus silencieuse intimité.
Enfin, dans l’angle du salon, au coin, là où l’on envoyait les élèves indisciplinés où ignares, a été installé le meuble renfermant tous les appareils à bruits et à images. Sur ce meuble : un écran translucide et une enceinte. Les portes de ce meuble sont souvent fermées, ainsi, l’horreur mécanicoélectronicaudiovisuelle est cachée.
Au dessus du « téléviseur », fait irruption, sur le paysage blanchâtre, une autre jeune fille, charmante, elle aussi, mais beaucoup moins sage que notre liseuse. Elle est littéralement vautrée sur des peaux de bêtes. Un bassin, lui sert de fond, dans lequel croissent des nénuphars.
En hauteur, à proprement parler, dans l’angle du salon, il y a une console en pin, jadis travaillée par l’oncle Marcel. Sur celle-ci est couché un bouquet de fleurs séchées, sur le mur de façade est placardé un ancien ami, symbolisé par un plateau cuivré, exécuté artisanalement dans son pays.
Face à ce même mur, une colonne en merisier contreplaqué abrite notre mémoire musicale. Mais qui est ce curieux personnage également cuivré, qui surplombe la colonne et domine l’espace ? Cet homme se nomme Dante Alighieri.

vendredi 1 décembre 2006

Les vignes roussissent

« Patience et longueur de temps font mieux que force ni que rage » nous enseigne le fabuliste, alors laissons faire le temps et comptons sur notre bonne étoile.
Là-haut, les vignes roussissent, l’air est vif et piquant, l’herbe humide se mêle aux senteurs de champignons, la haie est verte et feuillue, les poumons de la vie sont en marche, le sol n’attend plus que nos pas, l’air n’attend plus que nos rires, le vent n’attend plus que nos yeux.
Nous nous attendons mutuellement, jusqu’au jour où…

vendredi 17 novembre 2006

Artigues

Quand tu promènes derrière Artigues tu traverses des champs de thym en fleur, du mauve aussi puissant que les lavandes,les chênes
d’en bas sont tout petits et tout tordus, on dirait des petits vieux aux mains noueuses,ils te regardent passer et semblent te dire:
« - T’as vu le papet, y tient le coup pardi !
-Tu vois ces bancaù sous la mousse? Couillon, ils se sont pas montés tous seuls !
-les racines, mon beau ça s’enfonce dans la terre et ça te fait faire des choses estraordinaires.
-Toujours vert le pépé ! Approche... tu vois ces feuilles, regarde les biens, c’est toute ma vie qui est écrite dessus
-Tu les entends mes rameaux? Y chantent aussi bien que mes collègues les rigaù. »

Autant de chênes, autant d’histoires, si tu les écoutais tous ces grands-pères, il faudrait te lever matin pour arriver jusqu’ aux Bellons avant les brousses. Cette ferme, c’est presque un hameau, tu quittes le chemin, tu prends un sentier,sur ta gauche à trois cents mètres c’est un oratoire espécial que tu vas trouver, dans la niche, pas de vierge, ni de saint,juste deux santons peints à l’ancienne : un chasseur et son chien.
C’est qu’ ici, c’est le domaine de chasse des Bellons, les lapins de garenne, les lièvres, les faisans , les cailles, tu les rencontres comme à 1a ville tu croises un chien ou un chat. Quand tu reviens sur tes pas à nouveau sur le chemin tu con tinues jusqu’au domaine Pillaud, encore une réserve de chasse, au mitan de cette campagne c’est la bergerie Pillaud, ouvre tes narines c’est les moutons pardi qui te chatouillent le nez ! Après les Pillaud, c’est les Vernes, encore une bergerie, en haut vit le vieux Gracques, le Berger des Vernes, avec son fils, sa belle fille et leur niston ; en plus des moutons, y ‘à la ferme: des oies, des poules, un cochon, enfin la ferme quoi ! Avec sa basse cour, ses canards, son poulailler et tout le saint Frusquin; quand tu continues ta route, tu tombes sur la Bérarde, la plus grosse ferme du pays, en plus du reste, là-bas ils ont les chevaux, les ânes, les chèvres et même des vaches!

C’est chez eux qu’on va chercher le lait ; ça fait une trotte, mais qu’est -ce qui faut faire!
La garrigue c’est pas la ville, coquin de sort! Quand tu arrives à Longagne, tu quittes Artigues pour entrer à Rians, et Rians c’est déjà plus un village, mais c’est pas encore la ville. A Longagne c’est un chevrier qui habite là avec sa femme, son fils et son troupeau.
A Rians, tu as un vallon qu’on appelle «Beau Mort » va savoir?
D’un bord tu vas à Pourrières, en traversant le vallon aux cent virages, c’est pas un chemin, c’est un serpentin encaissé entre deux montagnes, on y voit jamais le soleil. D’un autre bord c’est la plaine aux couleurs de la Provence, les maïs, les blés, les melons, les courges,
la terre brune fraîchement retournée, les sillons réguliers, les champs d’oliviers et les vignes qui inondent les terrains de leurs ceps qui ont souffert, de leurs grappes violettes
ou verdâtres, avec les sarments à peine taillés qui s’entassent en fagots couleur de miel sur le bord des sentiers.
Plus haut vers la montagne de Lure, c’est Manosque ; les vergers de Manosque, des champs de pommiers à perte de vue.
Ah ! J’allais oublier, mèfi ! Dans nos coins c’est rempli de sangliers, si t’es un bon chasseur, à toi le gibier, avec tous les agachons dans les arbres ou bien, posté derrière les buissons ou les taillis, tu auras de quoi te planquer, si t’es pas chasseur, malheureux ! Ne promène pas sans ton bâton, de temps à autre fais du bruit, frappe les fourrés on sait jamais si une laie a les couillons à l’envers et qu’elle te charge la bestiasse, eh bè, tè, adieu!
Alors, il te plaît mon pays?
Si t‘es un veinard, tu pourras même croiser des renards aux reflets roux argents, ça à la démarche du loup et la gueule du chat, crois moi c’est une merveille!
Dis, je t’ai parlé du coucou ? Si tu l’entends, remue les quatre sous que tu as en poche, il apporte la fortune. Allez, viens, je t’attends, marche, en suivant le parler des oiseaux tu y arriveras les yeux fermés dans ma campagne.