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vendredi 6 avril 2007

Madame

Malicieux et caressants,
Ils m’accompagnent souvent.
Le poison vous taraude,
Or, luit l’émeraude.
Ce regard c’est le vôtre.
C’est celui de l’apôtre.
Le mal vous aiguillonne.
Mais lui, émérillonne.
Votre force aime le velours,
Le venin poursuit son cours.
Chassez le de votre vie.
La noblesse vous sourit,
Votre âme est une flamme,
Le courage est la dame.
Le combat vaut la peine
Madame, régnez en reine.
Le charme ne se rompt pas
Et si la vie s’arrête là
Elle chambole au delà
Tirez l’épée madame !
Nous vous portons en nos cœurs,
Et partageons vos malheurs
Mordez ! Griffez ! Hurlez ! Va !
Madame, effacez tout ça !
Domptez votre souffrance
Tous unis dans la danse.

dimanche 10 décembre 2006

Précarité



C’est bizarre cette sensation de précarité qui fait suite à la mort. La mort, c’est quelque chose de définitif, de stable, d’immobile, d’éternel.
Et pourtant, elle engendre ce sentiment d’instabilité ; rien de ce qui nous entoure ne nous appartient parce que nous mêmes ne nous appartenons plus. Nous devenons subitement locataires de nous mêmes.
Seule compte alors, la théorie de la relativité : On classe, on relativise, on évalue les événements de la vie, que l’on épingle sur une échelle de valeurs.
Rien n’a d’importance face à la mort.
Soudain, tout devient léger, seul compte l’amour, seul vaut la vie que l’on rêve de vivre, le reste n’existe pas, le reste n’existe plus.
La vie n’est-elle pas étrange ?
Tu n’es jamais venu chez nous. Les marches qui conduisaient à notre gîte étaient trop nombreuses pour tes jambes de laine, et à présent tu es là : un tas de cendres grises contenues dans une petite urne veinée de marbre miel.
Le contenant est aussi fin que le contenu, aussi fin que toi, que ton esprit, que tes mains, que tes jambes finement veinées, que tu rechignais à dénuder, sous ton short bleu ciel.
Polo de coton, chapeau de paille et short bleu ciel, voilà une image qui me rappelle l’été, ton été. Mais, à présent, tu n’es plus.







Epitaphe



Ci-gît Georges Lafforgue : fils, frère, mari, oncle, frère, beau-frère, grand-père mais, au désespoir de son petit fils, pas encore … arrière grand-père.
Pourtant, les années étaient là en abondance, presque innombrables.
Quatre-vingt douze années de lumière !
Quatre générations de vingt ans et un vieux whisky de douze ans d’âge !
Lorsque je mis le nez dehors, mon grand père «venait d’avoir dix huit ans » … et un demi siècle.
Sa vie, depuis longtemps déjà, tournait au ralenti, accrochée à ses jeunes années comme de vieux souvenirs à dire et à redire.
Il y avait belle lurette que la truelle avait rejoint le ciel !
Seules quelques photographies m’ont fait savoir, qu’un jour, lui aussi, avait joui de la vie comme on chante de refrains ; jeune, il avait été, vigoureux et blagueur, séduisant et distingué.
Ma grand-mère, durant toute sa vie d’épouse, l’aura aimé comme la lune aime le soleil.
Sur la fin de ses heurs, nourrice elle se fit, son mari devint son petit, son enfant malade qui appelait « maman !» souvent, qui appelait « Jacqueline » en mourant.
Il n’en finit pas de mourir ; jusqu’à ce que survienne la caresse de la nuit…
Seul son humour lui survécut et il résonne, encore aujourd’hui au tréfonds de sa descendance dont je fais partie.

« Pépé, ton rire torrent, ta voix rocaille et tes yeux de saule, qui pleurent de rire et de douleur, suivant les saisons du ciel, suivant les saisons de ton cœur, seront des paysages figés dans nos mémoires où nous viendrons souvent te retrouver ; »

A bientôt, sous d’autres cieux que j’espère plus radieux…

Ton petit fils, Laurent.






lundi 4 décembre 2006

RIMBAMBIRE



« Papa, maman ! »

Mon grand-père se meurt en silence, la mort danse dans sa tête, il l’appelle, il la repousse, elle arrive en dansant et s’éloigne en dansant.

« Papa ! » « « Maman ! ». « Ma mère a tant souffert qu’elle est dedans sa tombe et se moque des bombes et se moque des vers ».

Tu as beau les appeler, pépé, seule leur image flotte dans tes souvenirs mais, tu les as tellement chéris tout au long de ta vie ! Tes yeux s’étoilaient de larmes lors de tes récits familiaux ; tes yeux… si malicieux, ils brilleront bientôt dans les cieux.

Comme c’est étrange : « Papa ! » « Maman ! », la vie s’enfuit de ton corps mais ton enfance est contenue dans ton dernier souffle ; avec lui elle ira dans les brumes blanches… Mais pas avant.
Les Italiens ont forgé le verbe, cioè ( c’est-à-dire ) tornare bambino : retourner, redevenir enfant. Ce mot est doux comme ton âme, il résonne de tes jeux d’enfant : RIM ! BAM ! BIRE ! , de tes courses, de tes rires torrents, de ta vie d’avant.
Les italiens parlent d’un parcours, d’un voyage, d’une régression lente : ils retournent, à pied et à mémoire, là où les Français « retombent » brusquement comme une masse décrépite et grave.
RETOMBER : tomber à nouveau, comme si la première expérience de l’enfance était douloureuse ; si l’on retombe, c’est bien parce qu’au départ, il y a eu une chute : TOMBER, CHUTER, que de souffrances dans ces verbes là.
L’enfance est-elle si brutale, si douloureuse que ça ? Certes non.
« RETOMBER » : double chute, double douleur.
Outre la douleur, la chute engendre la déchéance.
L’enfance, cet age « idiot » où l’on n’est pas un homme responsable, sérieux, grave, mûr et réfléchi ; triste, conscient, souffrant, travaillant et luttant.

Qu’elle est jolie la vie de l’homme !

L’enfance, vue comme une époque à enfouir, à cacher, à bannir.
Quelle tristesse devant ce verbe : « RETOMBER ». Cet état annonce la mort que renferme la « TOMBE » du verbe. Tout est dit.

« Pépé ! Tu oublies, tu renies ta dignité d’HOMME, ton honneur, ton orgueil, ta force ; tu déchois et tu t’enfuis dans la petite mort du début de la vie : Tu les emmerdes ! »

RIM-BAM-BIRE : quelles joies dans ces sonorités ludiques !
Niché au creux de l’enfance, le vieillard qu tu es s’abrite de la pluie macabre, ta vieille carapace se mue en une peau tendre et innocente ; les plaisirs, les images vertes et chaudes combattent tes tourments corporels.
L’enfance danse avec la mort, elle ne la connaît pas ; la vieillesse est enterrée avec ses ombres, l’enfant a tué le vieillard, la mort danse avec l’enfant.
Gloire à toi qui ne méprises pas l’âge tendre ! Gloire à toi qui ne refoules pas ton innocence, ta faiblesse, tes rêves.
Les hommes, les vrais, ceux qui veulent le rester jusqu’à la fin, crachent sur eux-mêmes en crachant sur leur enfance. Ils sont à jamais souillés par la grisaille de leur pauvre moralité, de leur amère réalité, de leur sale conscience.
Les hommes, les vrais, seront trop vieux pour affronter la mort.
Elle les fera danser aussi, elle fera danser leur maturité, leur conscience et leur orgueil.
Ils danseront et l’enfant les regardera tourner jusqu’à la fin. Assis, sur le rebord du souvenir… Il ne leur tendra pas la main.

PLONGER en enfance, REVIVRE son enfance, voilà des mots plus doux, voilà pépé, les mots que j’ai choisi pour exprimer simplement la fin de ta vie.

















lundi 27 novembre 2006

Au revoir petit garçon...


Tu t’es couché comme un gros chien, sur le flanc, l’œil ouvert mais vitré.
Je t’ai caressé, tu étais encore tout chaud.
Je t’ai appelé en ouvrant les volets : « Martin ! Martin !» Mais il n’y avait déjà plus de Martin, plus de « Hi ! Han !». Tu es parti te coucher dans ta maisonnette pour mourir tout seul.
Comme elles étaient douces tes longues oreilles ! Et ton galop dans l’enclos à la façon d’un poulain ! C’était trop beau…
Ton museau tout chaud, tes naseaux écumant après la folle course. Et toutes ces suppliques, toutes ces lamentations que l’on dit disgracieuses. Comme il me manque ce long sanglot saccadé et plaintif, ce poitrail qui se soulevait, la bouche ouverte, la tête en avant jusqu’à ce qu’il n’y ait plus rien à l’intérieur.
« C’est bien Martin, il est gentil Martin, il est beau Martin.» «Adieu Martin.» Tu laisses un gros trou à la mesure de ton immensité.
Trois semaines de tendresse, des projets tracés sur une quarantaine d’années et puis … l’équarisseur qui t’emporte. Tu étais beau, allongé de tout ton long, de toute ta masse, sur la terre battue.
Je n’ai pas voulu y croire tout de suite ; alors, je t’ai secoué, j’ai tâté ton gros ventre, je t’ai appelé une dernière fois « Martin ».
Trois semaines et déjà une si grande place dans ma vie, mon cœur élargi peine à reprendre sa taille d’avant.
Moi, je t’aurais aimé comme un compagnon, comme un p’tit garçon. On aurait partagé nos vies en ballades et en sorties ! Ma grosse carcasse, tu t’es endormi. Comme il était joli l’ami Martin ! Avec tes p’tits sabots et ton crottin, ton front touffu, ta grosse tête et tes yeux en biais, si malicieux.
C’est fou la place que tu a si vite conquise. Pourquoi t’es parti si tôt, Martin ? On avait tellement de choses à partager.
Au revoir mon beau zèbre. Adieu grandes oreilles. On aurait fait de sacrés copains tous les deux ! Moi qui n’en avais plus.
Réveille-moi si tu veux me raconter ce qui c’est passé. Pourquoi t’es mort ? Qu’est-ce que t’as mangé ? T’as pris froid ? Tu t’es angoissé ? Mon gros chien plein d’poils.
On a fait une belle petite ballade tous les deux, pas vrai ?!
Si tu savais comme je voulais t’aimer. Bonne nuit Martin et veuille bien me pardonner si, par négligence, c’est moi qui t’ai tué. Tout le monde est triste, même ceux qui ne te connaissaient pas. Faut dire que j’avais tellement parlé de toi !
Au revoir, petit bonhomme.
Tu vas nous manquer, comme un petit garçon qui n’aura pu grandir.
«C’est bien Martin, gentil Martin, il est beau Martin.»
Mon p’tit bonhomme, mon innocence animale, ma tendresse rebelle.
Un gros bébé si loin des brutalités, des mesquineries, des trahisons, des fourberies, des préoccupations humaines. Tout plein de poils, tout plein d’amour sage et pur.
L’âne Martin s’en est allé ! Quel regret, quels souvenirs, pourtant si bref mais si intenses !
La vue, le toucher, l’odeur, les bruits !
Ta grosse tête appuyée contre le carreau de la porte fenêtre de la cuisine pendant que je corrigeais, et le jeu ! Ce jeu du poulain tout gauche et craintif, ta bouche-main et tes dents que l’on craignait.
Adieu mon Marin, tu me manques, je t’aimais, tu sais ; un fils, un copain, un complice, mort avant que d’avoir pu nous apprécier.
Au paradis des ânes, y’a du foin et de l’amour ?
Réponds-moi vite… A bientôt dans nos rêves, pauvre petit garçon.







samedi 18 novembre 2006

Les arbres sont roux











Visages de cierges, corps de marbre, cœurs d’argile,
Couchés dans le coton moelleux vous dormez.
Votre amour rayonne au cœur de l’hiver.
Ceints de bois lustré, boucles brunes et fils d’or,
Vestiges du printemps meurtri, jamais ne s’enneigeront.
Figées dans la glace claire, vos âmes demeurent.
Les arbres sont roux, le ciel pleure sur vous ses larmes de cristal.
La passion brûle vos cercueils, vos larmes d’amour se fondent en un poème de tendresse.
Si les torrents de vos vies se sont tus, les chaînes de l’ombre vous enlacent.
Les fiancés de la nuit ont scellé leur promesse.

jeudi 16 novembre 2006

Epithaphe pour tonton


« Tu t’en vas joyeux sur les chemins de pierres », un brin d’herbes au coin des lèvres et, Sylvain, dieu romain des champs et des forêts, tu étais heureux.
On cherche souvent des choses bien compliquées pour avoir le bonheur ; alors que, « ce petit chemin qui sent la noisette », ce brin de romarin, cette brindille de farigoule, cette petite lavande à mâchonner sous le ciel bleu du midi, c’est déjà beaucoup, c’est essentiel, cela définit tout simplement l’histoire d’un homme bon, généreux, jovial, le cœur sur la main et la main italienne, prête à jouer toutes les variations : de l’andante à l’allegro, du piano au fortissimo, du lento au prestissimo.
Tu aimais bien les chercher les sanguins mais… « Gare », si en cherchant un peu trop on venait à te trouver, toi : sanguin comme pas deux, volcan bouillonnant de vie, tonitruant d’ardeur. Un volcan oui, mais recouvert de fleurs, de tout ce qu’il y a de plus doux, de plus tendre, de plus pur.
Dans un rire, en l’espace d’un regard on devinait l’homme entier que tu as toujours été ; sincère, franc, ( peut - être trop, même, parfois ), engagé, militant de l’amour, troubadour de la fraternité et de justice entre les hommes.
Tes idées, tu savais les faire connaître et « la révolution sonnait en ton cratère ».
« Ouvriers, paysans nous sommes, le grand parti des travailleurs, la terre n’appartient qu’aux hommes, l’oisif ira loger ailleurs… »
Ces paroles, parmi tant d’autres, n’étaient pas pour toi que des chansons, mais bien plus : des vérités à défendre, des pensées à répandre.
Que l’on te connaisse depuis toujours ou depuis peu, tu n’as laissé personne indifférent, on se souviendra de toi comme d’un personnage de roman, une figure de Giono, de Pagnol, un gars du midi, un soleil dans notre vie.

Nous t’aimons autant que tu as su nous aimer.
A bientôt, dormi in pace.


LA VIEILLE




Jadis en éveil

Ses prunelles fleurent le ciel

Lors elles sommeillent

Mouchées sont ses chandelles

Une bouchée de néant, un verre de vent

Céleste est le chemin nonante

La vieille s’endort, son monde est blanc